McKinsey : vaut-il la peine de faire appel à ce cabinet de conseil ?

Des gouvernements déboursent des millions pour obtenir des recommandations que leurs propres hauts fonctionnaires auraient pu formuler. Des multinationales acceptent de profondes restructurations sur la base de présentations PowerPoint standardisées. McKinsey, malgré les polémiques, continue de séduire décideurs et directions générales, parfois même sous le feu de l’opinion publique.

Les résultats promis ne sont pas toujours au rendez-vous, mais la marque reste une référence mondiale. Derrière cette réputation, il existe des méthodes controversées et une influence qui suscite autant de fascination que de méfiance.

McKinsey, un acteur incontournable du conseil : que fait vraiment ce cabinet ?

Les cabinets de conseil prospèrent en promettant une expertise affûtée et un regard extérieur tranchant, mais McKinsey joue dans une catégorie à part. Créé à Chicago en 1926, ce cabinet s’est imposé comme le bras droit stratégique de nombreux géants industriels, établissements financiers et même de l’État en France. Sa méthode ? Une mécanique bien huilée, héritée de la rigueur anglo-saxonne, qui dissèque l’organisation, questionne la stratégie et secoue chaque processus sans ménagement.

Missions et domaines d’intervention

Voici les principaux chantiers sur lesquels intervient McKinsey :

  • Stratégie d’entreprise : mise en place de plans de croissance, réorganisation interne, virages digitaux.
  • Conseil auprès des administrations publiques : révision des politiques publiques, maîtrise de la dépense, accompagnement des grandes réformes.
  • Gestion du changement : diagnostics précis, pilotage de projets, suivi sur le terrain.

On ne compte plus les collaborations de McKinsey avec les ministères français, ce qui alimente parfois la discussion sur la place prise par les cabinets de conseil au sein des institutions publiques. Sa force de frappe repose sur des équipes étoffées, capables de mobiliser rapidement des données venues du monde entier et des analyses de secteur très poussées. Les présentations impeccables, les matrices sophistiquées et les recommandations chiffrées rassurent les directions en quête de validation, mais laissent parfois sceptiques ceux qui devront les appliquer.

La France n’est pas seule à faire appel aux cabinets privés : c’est devenu la norme dans bien d’autres pays développés. McKinsey, avec son image de sérieux et de discrétion, incarne cette vague d’externalisation de la réflexion stratégique, au cœur d’un débat de fond sur la relation entre cabinet conseil et gouvernance politique.

À qui s’adressent les services de McKinsey et pourquoi sont-ils tant sollicités ?

Le recours aux cabinets de conseil privés ne se limite plus aux mastodontes internationaux. Les administrations publiques s’y mettent aussi, et pas qu’un peu. Ministères, agences nationales, collectivités locales : la demande monte en flèche, portée par la pression de moderniser, de digitaliser, d’optimiser chaque euro dépensé. Le gouvernement français multiplie les missions confiées à ces intervenants extérieurs, en quête de réponses rapides, d’analyses affûtées et de solutions sur-mesure.

Derrière cette dynamique, deux réalités coexistent. L’État cherche à pallier des compétences internes parfois absentes ou insuffisantes. Les dirigeants du privé, eux, veulent s’entourer d’avis experts pour sécuriser leurs choix et, parfois, justifier des décisions déjà prises. McKinsey tire son épingle du jeu grâce à son réseau mondial, sa capacité à monter des équipes pluridisciplinaires et une maîtrise reconnue du benchmark sectoriel. Les clients attendent un regard extérieur, une méthode éprouvée, et parfois même un parapluie pour couvrir leurs décisions.

De nombreux secteurs suivent cette tendance :

  • Santé
  • Énergie
  • Transports
  • Finances publiques

La France n’a rien d’exceptionnel en la matière. L’Allemagne, le Royaume-Uni ou les États-Unis structurent eux aussi leurs politiques publiques avec l’appui de sociétés comme McKinsey. Le cabinet de conseil devient alors un partenaire du secteur public et des grandes entreprises, capable de révéler les limites des modes de fonctionnement internes, d’accélérer le changement… mais aussi de susciter de sérieuses interrogations sur la dépendance croissante envers ces experts externes.

Controverses, critiques et zones d’ombre : ce qu’on reproche à McKinsey

Le cabinet McKinsey concentre aussi son lot de critiques. L’affaire McKinsey a mis au grand jour des pratiques fiscales controversées et des liens étroits avec les plus hauts niveaux de l’État. Saisie de ces soupçons, le parquet national financier a lancé une enquête : la filiale française du cabinet aurait traversé dix ans sans verser d’impôt sur les sociétés, alors même qu’elle multipliait les contrats publics.

La proximité supposée avec l’entourage d’Emmanuel Macron n’a fait qu’attiser la méfiance. Plusieurs médias, dont le Canard Enchaîné, ont révélé la fréquence des contacts entre certains consultants et des membres du gouvernement. L’affaire prend une tournure politique, d’autant plus que les marchés publics attribués aux cabinets de conseil atteignent des niveaux records.

Trois motifs principaux cristallisent les critiques :

  • Transparence limitée sur la nature des missions et le montant des honoraires facturés à l’État
  • Dépendance croissante des institutions, qui multiplient les contrats au risque de perdre leur capacité à penser par elles-mêmes
  • Influence trouble sur la prise de décision publique, la frontière étant de plus en plus mince entre expertise technique et orientation politique

Côté défense, McKinsey oppose le respect du droit fiscal et la confidentialité de ses interventions. Le débat reste très vif, alimenté par une défiance qui grandit envers la porosité entre l’État et le conseil privé.

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L’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques : faut-il s’en inquiéter ?

Le recours aux cabinets de conseil privés, McKinsey en tête, s’est imposé comme un rouage majeur de la décision publique. Sous l’impulsion de personnalités comme Gabriel Attal ou Amélie de Montchalin, le gouvernement s’appuie sur ces experts pour piloter d’ambitieuses réformes : transformation de la fonction publique, modernisation de l’État, rationalisation budgétaire. Même la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques l’admet : certains sujets exigent une technicité qui déborde le savoir-faire des services internes.

La tendance s’amplifie. Les dépenses publiques consacrées au conseil s’envolent, à tel point que la Cours des comptes tire la sonnette d’alarme et que le sujet provoque des débats musclés à l’Assemblée. Plus d’un milliard d’euros ont été versés entre 2018 et 2021 à l’ensemble des cabinets de conseil. Derrière ces chiffres, une question pèse : le gouvernement reste-t-il maître de la décision, ou délègue-t-il une part de sa souveraineté à des prestataires privés ?

Des hauts fonctionnaires, à l’image de Bruno Le Maire, mettent en garde contre la dépendance et la dilution de la responsabilité politique. La capacité à concevoir une stratégie autonome s’émousse, remplacée par des algorithmes, des comparatifs sectoriels et des slides calibrés. L’argument de la compétence ne suffit plus à dissiper les doutes sur la portée réelle de cette influence.

L’externalisation de l’expertise pose enfin la question du contrôle démocratique et du suivi effectif des recommandations produites. Les comptes publics se complexifient, alors que la frontière entre expertise, pilotage et arbitrage s’efface. La puissance publique, à force de s’en remettre à des consultants, risque de voir son autonomie fondre, mission après mission. Le débat, lui, ne fait que commencer.